Conclusion

L’offensive ratée contre Gallabat marque la fin de ce qu’on pourrait définir comme la première phase de la campagne d’Afrique Orientale. Celle-ci a surtout été caractérisée par trois éléments. Tout d’abord, la volonté britannique de neutraliser la menace d’un blocage de la mer Rouge par les Italiens grâce à une série d’attaques contre les ports et aérodromes d’Érythrée. Certes, il apparaît que progressivement la Regia Aeronautica va transférer ses unités vers l’intérieur. Toutefois, il est difficile d’en attribuer l’unique responsabilité aux attaques aériennes. En effet, la majorité de ces dernières sont le fait d’un nombre réduit d’appareils, et les résultats sont souvent des plus limités (en ce sens, les archives disponibles montrent bien que les équipages étaient souvent réalistes quant à leurs actions). Il faut en outre bien reconnaître que le commandement italien se retrouve confronté à plusieurs impératifs : éviter une guerre d’attrition ; gérer une situation intérieure délicate ; l’échec de ses propres bombardements ou tentatives d’agir sur le trafic maritime. Par ailleurs, conformément à sa stratégie défensive, l’Italie se voit dans la nécessité de lancer une série d’attaques limitées aux frontières afin de sécuriser l’Empire et réduire ses lignes de défense. D’où la nécessité de redéployer ses unités de bombardement afin de soutenir les opérations terrestres en des lieux très éloignés les uns des autres. Car une autre des caractéristiques majeures des opérations aériennes est l’extrême étendue du théâtre d’opérations imposant une autonomie importante des différents fronts les uns par rapport aux autres. Durant toute cette période, les Britanniques se retrouvent dans l’attentisme par manque de moyens sur place : la situation initiale des forces aériennes démontre bien cet état de fait, avec des appareils obsolètes à la valeur combative des plus réduites. Mais surtout, les Britanniques peuvent s’accrocher à un espoir : l’épuisement à terme de leur adversaire faute de liaison avec la métropole et une stratégie initiale d’isolement et non d’occupation. Les souvenirs de la campagne contre l’insaisissable général Von Lettow-Vorbeck au cours de la Première Guerre mondiale sont sûrement encore présents et expliquent cette méfiance initiale. Toujours est-il que la Regia Aeronautica, malgré ses victoires durant l’année 1940, se trouve confrontée à un combat qu’elle ne peut gagner à terme, et pour lequel chaque perte (matérielle et humaine) a un impact réel face à un ennemi qui peut moderniser son équipement (Blenheim pour le N° 14 Squadron, Lysander pour le N° 237 Squadron ou Fairey Battle et Hurricane pour les Sud-Africains) et bénéficier du renfort non négligeable d’une force aérienne alliée. Ainsi, au 1er janvier 1941, la Regia Aeronautica ne dispose plus que de 132 appareils opérationnels, dont 41 bombardiers modernes (et 52 Ca.133) et 35 chasseurs. Si les pertes ont été relativement importantes (environ 137 appareils, parmi lesquels 83 abattus ou détruits au sol), elles n’ont été comblées que par les réserves désormais réduites à peu de chose. Au moment où les Britanniques décident de modifier leur stratégie, la Regia Aeronautica a définitivement perdu son avantage (quantitatif et qualitatif) et se retrouve à lutter pour sa survie tout en intervenant activement dans les opérations terrestres qui se déclenchent sur les trois fronts (Nord, Sud et intérieur).

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