31 octobre 1940

Front Nord

Une colonne italienne, sous les ordres du Colonello Rolle, franchit la frontière soudanaise avant environ 1 500 hommes pour mener un raid rapide. Ils rencontrent les troupes britanniques de la Sudan Defence Force près du lieu dit « Rosières ». Un combat éclate, et les Britanniques reçoivent le soutient de trois Wellesley du No.47 (RAF) Squadron et plus Vincent du No.430 (RAG) Flight escortés par plusieurs Gloster Gladiator du No.1 (SAAF) Squadron, dont notamment le N5830 du Lieutnant Brian J.L. Boyle. Environ 90 véhicules italiens sont interceptés, dans un défilé entre Gondar et Metemma. Le bombardement est un succès puisqu’une vingtaine d’entre eux est touchée, dont au moins 10 détruits.

Front Sud

Après l’incident du 26 octobre, sur le front nord, qui manque de causer une perte tragique au sein du No.14 (RAF) Squadron, un second évènement semblable à lieu sur le front sud suite à une série d’erreurs dont les répercutions aurait pu être dramatique pour les forces britanniques en Afrique de l’Est, mais aussi et surtout pour l’Afrique du Sud. Ainsi, à la fin octobre le Premier ministre sud-africain, le général Jan Smuts décide d’organiser une tournée d’inspection de ses forces armées au Kenya. Il est accompagné, à cet effet, par son conseiller le général Pierre van Ryneveld (commandant de la SAAF et Chief of the General Staff) (1). Cette visite coïncide aussi avec l’arrivée au Kenya du Major-General Alan G. Cunningham chargé de prendre le commandement de la East Africa Force. Plusieurs réunions important concernant la stratégie en vue de la future offensive ont lieu à Khartoum et Nairobi durant cette période[2]. Ils embarquent tous les trois à bord de deux Ju.86 du No.12 (SAAF) Squadron, accompagnés par le Major-General Alfred Goodwin-Austen (commandant le 2nd African Division) ainsi que l’Air Commodore Sowrey (AOC East Africa), pour visiter les terrains avancés du Kenya. À ce moment-là, une série d’erreurs va s’enclencher. Deux Hawker Hurricane Mk I du No.3 (SAAF) Squadron sont chargés d’assurer la protection des personnalités. Cependant, les pilotes relativement peu expérimentés effectuent la couverture trop haut et depuis l’arrière, ce qui vue de loin peu faire croire à une tentative d’interception d’un bombardier italien. En approchant de l’aérodrome d’Archers Post, le Captain Dennis Raubenheimer oublie de procéder aux signes amicaux consistant à descendre le train d’atterrissage à distance raison et à battre régulièrement des ailes. Dans le même temps, l’absence de ces éléments liés à l’impression donnée par la formation de Hawker Hurricane conduit les soldats, en charge du guet, à alerter le détachement de Hawker Fury sur place. En effet, la lenteur de ces appareils impose en cas d’alerte potentielle à faire décoller le plus rapidement les avions dans l’espoir de compenser le différentiel de vitesse. Ces appareils obsolètes ne sont, en outre, pas équipés de radio. Trois chasseurs sud-africains décollent, donc, sous les ordres du Captain Jack Meaker pour intercepter les deux appareils non identifiés. Les trois biplans sont aperçus par le Captain Raubenheimer, mais il suppose qu’ils viennent pour saluer l’avion de leur Premier ministre. Un message annonçant le passage des deux Ju.86 a normalement été communiqué aux différents terrains d’aviation, mais un problème technique a empêché sa réception à Archers Post. Il ne juge, donc, pas nécessaire de procéder aux signes de reconnaissance, et en outre ils doivent se poser à Nanyuki et non Archers Post. Dans le même temps, les Hawker Fury se préparent à engager les deux bombardiers italiens afin de prêter main forte aux Hawker Hurricane qui sont à la traine. Le Captain Jack Meaker s’apprête à ouvrir le feu lorsqu’il remarque soudain que l’arrière des appareils est constitué de doubles gouvernes, contrairement aux Italiens. Reconnaissant les cocardes sud-africaines, il dégage brutalement vers la droite. Mais, son ailier le Lieutnant Douglas D. Pannell prend la manœuvre pour une action classique de dégagement après une attaque ou suite à l’enrayage de l’armement (un problème régulier sur les Hawker Fury). Conscient que la vitesse de son appareil ne permettra qu’une seule et unique attaque, il ouvre immédiatement le feu avec toute l’excitation de son premier combat. Tranquillement en train de piloter, le Captain Dennis Raubenheimer voit horrifier plusieurs traceuses passées à droite de son cockpit. Il vire brutalement vers la gauche, mais le second Ju.86 est légèrement touché à l’aile. Ses armes s’étant enrayées, rageant d’avoir raté sa cible, le Lieutnant Douglas D. Pannell rompt le combat lorsqu’il remarque avec panique qu’il ne s’agit pas de bombardiers italiens, mais d’avions sud-africains.

Selon le Captain Dennis Raubenheimer : « En arrivant au-dessus de Archers Post, j’aperçois des trainées de poussière au sol. Je les montre à Smuts… J’espère qu’ils viennent pour vous saluer Monsieur. Je les observe grimper vers notre altitude. Cela ressemble à l’exercice parfait d’une interception. Je demande au General Pierre van Ryneveld, assis dernière moi, de les garder à l’œil, par prudence. Ils approchent du côté opposé de mon siège, dans mon angle mort. Une minute après, j’aperçois des tracers et je plonge immédiatement sous l’avion du Lieutnant Glynn Davies à ma gauche. Mon unique objectif est d’éloigner les personnalités de la ligne de tir. Heureusement, l’attaque vise principalement l’autre Ju.86 sur lequel plusieurs impacts sont signalés. Smuts, visiblement choqué, se tourne vers moi et me demande : est-ce que nous sommes attaqués ? Oui, Monsieur nous le sommes… par nos compatriotes. Après l’atterrissage, non prévu, sur Archers Post le Premier ministre observe les impactes et décide de répartir les différents passagers dans les deux appareils pour le reste du vol afin de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier.

Dans son rapport, le Captain Jack Meaker explique que “le détachement D du No.2 (SAAF) Squadron opère depuis Archers Post, soit un aérodrome avancé qui est susceptible d’être régulièrement attaqué de nuit comme de jour. Les Hakwer Fury ayant un taux de montée et une vitesse désastreux, nous sommes incapables de pouvoir rattraper un bombardier ennemi. En conséquence, il est prévu de décoller et d’engager immédiatement un potentiel agresseur avant que ce dernier approche suffisamment pour être formellement identifié. Il n’y a pas un temps suffisant pour pouvoir observer davantage les avions, ce qui est donc de la charge du pilote. Il s’agit, en conséquence, d’une procédure habituelle et validée par le commandement à Nairobi”.


[2] Afin de clarifier la lecture, ces éléments seront traités ultérieurement lorsqu’il sera question des préparations à l’offensive de début 1941.

Laisser un commentaire