17 Janvier 1941

Front nord

Les événements commencent à s’accélérer sur la frontière soudanaise. En effet, à la suite du harcèlement de la Gazelle Force et conscient de l’incapacité d’assurer une défense efficace, le Generale Luigi Frusci (Gouverneur de l’Érythrée) obtient l’autorisation de Amedeo di Savoia-Aosta afin d’opérer un retrait progressif de ces troupes à partir de la mi-janvier. L’objectif est d’abandonner les différents postes-frontière, notamment le secteur de Kassala pour se replier vers des lignes défensives plus solides dans le relief érythréen et, ainsi, bloquer toute avance adverse vers le cœur du territoire italien. La dernière face du retrait a lieu dans les nuits des 16 et 17 janvier lorsque la II Brigata Coloniale du Generale Orlando Lorenzini quitte Kassala en direction du secteur Keru – Biscia – Aicota. Ces mouvements n’échappent pas aux reconnaissances aériennes, ainsi qu’au décryptage des messages italiens, et le General William Platt décide de précipiter le déclenchement de l’offensive britannique au 19 janvier 1941[1].

Les différentes unités aériennes reçoivent donc l’ordre de rejoindre les terrains avancés au plus tard dans l’après-midi du 18 janvier[2]. Ainsi, cinq Vickers Wellesley du No.47 (RAF) Squadron, sous les ordres du Flight Lieutnant Stewart, rejoignent le terrain de Blackdown (dans les environs de Gedaref) à 14h00[3].

La Regia Aeronautica n’est, cependant, pas inactive puisqu’un bombardement, sur l’aérodrome de Summit, est signalé. L’attaque, qui aurait été effectuée dans la matinée par un bombardier italien, ne provoque que des dégâts jugés négligeables. D’autres attaques sont signalées contre les gares de Haiya et Gebeit avec, toujours les documents britanniques, un succès limité[4]. Ces évènements pourraient avoir eu lieu entre 03h15 et 11h50[5].

Front sud

Les évènements au Kenya sont toujours essentiellement marqués par l’attaque visant le secteur d’El Yibo.

Les Hartbees, du No.40 (SAAF) Squadron, entrent en action à l’aube en attaquant les positions italiennes afin d’ouvrir la voie aux troupes sud-africaines. Cependant, comme l’explique un correspond sud-africain, l’affrontement tourne rapidement au chaos :

« Ce fut une bataille digne d’une comédie musicale dans laquelle l’inexpérience et la confusion des troupes sud-africaines est apparu flagrantes : incapable de trouver leurs objectifs et envoyant des demandes paniquées pour obtenir un soutien plus conséquent de l’aviation et l’artillerie. Pourtant avec un minimum d’intelligence, la position aurait dû être capturée dès le premier jour »[6].

Ainsi, le Brigadier F.A.L. Buchanan a divisé son dispositif en trois éléments :

  • la Force A composé du 2nd Abyssinian Irregulars, équipé de plusieurs véhicules du Natal Mounted Rifles et deux postes de radio doit infiltrer l’arrière des positions italiennes dans la nuit afin de couper toute retraite une fois l’attaque principale lancée ;
  • La Force B avec la B Company du 1st Natal Mounted Rifles et cinq automitrailleuses du No. 2 S.A. Armoured Car Company est chargée d’une attaque frontale ;
  • La Force C avec la C Company du 1st Natal Natal Mounted Rifles et deux automitrailleuses doit soutenir la Force B par une attaque de diversion sur les flancs.

Si la Force A est en mesure d’atteindre sa position, quoique seulement en début de matinée avec un premier retard par rapport au plan, la Force B prend encore plus de retard et ne lance son attaque qu’en fin de matinée… tout en se trompant de position. Les troupes italiennes sont en mesure d’évacuer la zone menacée tout en laissant un écran de Banda pour retarder les Sud-Africains. L’attaque tourne presque à la plaisanterie lorsque plusieurs automitrailleuses laissent fuir une partie des Banda italiennes en les confondant avec les patriotes du 2nd Abyssinian Irregulars en raison d’une perte de toutes les communications entre les différentes Forces. La situation est, alors, très confuse puisque le Brigadier Buchanan annonce de façon erronée, vers 14h30, que El Yibo est désormais capturé et qu’il ordonner de pousser l’attaque vers El Sardu.

Après une série de mouvements, les Sud-Africaines se rendent compte de l’erreur de position, mais les troupes sont, alors, épuisés et souffre d’un manque d’eau, finalement un retrait est ordonné en fin d’après-midi en vue de préparer une nouvelle attaque le lendemain. Dans un message transmis au commandement de la 2nd South Africain Infantry Brigade, le Lieutenant-Colonel McMillan indique que :

« après réflexion sur les actions de la journée, il apparaît que l’adversaire est beaucoup plus puissant que prévu ».

De son côté, le Brigadier Buchanan demande :

« des renforts en troupes, munitions, bombes et artilleries, outre l’eau nécessaire pour alimenter les troupes, la position d’El Yibo posant des problèmes tactiques non prévus lors de la préparation »[7].

Selon Douglas Baker, un soldat du 1st Natal Mounted Rifles :

« la position de notre cible n’était pas claire. Les premières informations ont fait état de sa capture durant les premiers combats entre 10h00 et 15h00. Nos troupes étaient épuisées par la chaleur. Puis, nous avons appris que El Yibo n’avait finalement pas fait l’objet d’une attaque ! La cible était un peu plus loin devant nous. Maintenant notre régiment était au bord de l’épuisement et nous étions en manque de la chose la plus importante pour nous… l’eau. »[8]


[1] I.S.O. PLAYFAIR (MAJ GEN), The Mediterranean and Middle East, The early successes againt Itay (to may 1941), Uckfield, The Naval & Military Press, coll. « History of the Second World War, United Kingdom military series », 2004, p.399 – 400 ; STEWART, Andrew. The First Victory : The Second World War and The East Africa Campaign. Yale University Press New Haven and London, 2016. p.148 – 155.

[2] SHORES, Christopher ; RICCI, Corrado. Dust Clouds in the Middle East – The Air War for East Africa, Iraq, Syria, Iran and Madagascar, 1940 – 1942. London : Grub Street, 2010 (Reprinted). p.96.

[3] No.47 (RAF) Squadron : Operations Record Book (Form 540 and Form 541). Kiew : TNA, AIR 27 / 463.

[4] No.223 (RAF) Squadron : Operations Record Book (Form 540 and Form 541). Kiew : TNA, AIR 27 / 1373.

[5] No.94 (RAF) Squadron : Operations Record Book (Form 540 and Form 541). Kiew : TNA, AIR 27/755.

[6]   J.-A. BROWN, The War of a Hundred Days, Springboks in Somalia and Abyssinia (1940 – 1941), Johannesburg, Ashanti Publishing, 1990, p.107.

[7] ORPEN Neil. East African and Abyssinian Campaigns, Raid on El Wak : http://www.ibiblio.org/hyperwar/UN/SouthAfrica/EAfrica/EAfrica-6.html

[8] KATZ, David Brock. South Africans versus Rommel : The Untold Story of the Desert War in World War II. Stackpole Books, 2017.

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