15 août 1940

Suite au télégramme de la veille, le General Henry M. Wilson prend sur lui la décision d’autoriser l’évacuation de la Somalie depuis Berbera. Le plan initial prévoit de tenir le plus longtemps possible Tug Argan, avant de procéder en premier lieu au départ des civils restants puis les troupes  soit entre trois et quatre nuits. Néanmoins, la situation change radicalement, en fin d’après-midi, lorsque après un nouvel assaut les défenses à Observation Hill craquent conduisant les Rhodesiens à évacuer en catastrophe la position, échappant de peu à la capture. Dès lors, ordre est donné d’évacuer définitivement Black Hill, Knobbly Hill et Castle Hill puis de faire retraite en direction Berbera, tandis que des éléments des Black Watch et des King’s African Riffles sont placés en urgence sur Barkasan et Nasiyeh pour retarder l’avancée italienne[1].

En raison des premiers mouvements de retraite, la Regia Aeronutica opère, principalement, sur les arrières de Tug Argan en pilonnant des concentrations de véhicules en Laferug et Berbera avec plusieurs Ca 133, S.79 et S.81[2].

Tentant toujours désespérément d’intervenir et manquant d’appareil, la RAF reçoit le renfort de six Bristol Blenheim Mk I du 84 Squadron RAF destinés à renforcer le 39 Squadron RAF. Néanmoins, la situation est telle que les équipages reçoivent l’ordre, avant de repartir dans la nuit vers l’Iraq, de mener une mission au large de Berbera. Durant celle-ci, trois d’entre eux découvrent un S.81, qu’ils réussissent à abattre. De son côté, le 223 Squadron RAF peut entrer en action depuis Aden lorsque sept Wellesley sont envoyés, entre 06h15 et 12h20 sur Dessie avec deux objectifs, d’une part : effectuer un passage bas au-dessus de la ville pour impressionner la population locale et démontrer la puissance britannique face au colonisateur italien, d’autre part : bombarder l’aérodrome[3]. Si l’attaque s’avère un échec en raison d’un manque de visibilité, on peut s’interroger quant à l’intérêt d’une « opération de propagande » aux résultats probablement négligeables au moment même où les forces britanniques souffrent d’une absence de moyens aériens à Tug Argan. De même, si le 8 Squadron RAF retrouve une forte activité avec pas moins de sept vols, là encore la quasi-totalité est consacrée à des attaques sur les aérodromes de l’Ouest érythréen et du Nord éthiopien sans grands résultats. Seul, le Glen Martin n°102 du n°1 French Bomber Flight  (Flight  Lieutnant Jacqques Dodelier ; Flight Sergeant Raymond Rolland ; Flight Lieutnant Roger Ritoux-Lachaud ; Sergeant Portalis) effectue une reconnaissance armée, au-dessus de la zone de combat[4]. Les 11 et 39 Squadron RAF, quant à eux, interviennent principalement sur la côte à l’ouest de Berbera pour soutenir la Royal Navy qui tente de bloquer l’avance italienne entre Darboruk et Bulhar avec cinq sorties durant lesquelles plusieurs chasseurs italiens sont entre aperçus[5].

Cette journée est aussi marquée, au Kenya, par un événement assez mineur, quoique illustrant de façon criante le manque de moyen, mais qui constituera une histoire régulièrement racontée s’agissant de l’engagement sud-africain. Ainsi, la veille, un Vickers Valentia du 50 Squadron SAAF se pose sur l’un des terrains avancés du Kenya pour livrer divers matériels. Lors des discussions, son pilote, le Lieutnant Charles S. Kearey et un de ses passagers, le Lieutnant Oscar B. Coetzee[6], apprenant l’existence d’un fort italien à Todenyang, propose en plaisantant d’aller y jeter une bombe. Entendant la conversation, un officier du S.A. Engineering Corps, le Lieutnant Joe Lentzner, propose de fabriquer une bombe à cet effet. Selon, Charles Kearey :

« Lentzer a, alors, récupéré un bidon d’huile de 44 gallons qu’il a bourré de dynamite ainsi que de divers fragments en métal en y fixant un détonateur avec les dents. Puis, il a retiré la porte du Valentia pour y accrocher l’ensemble. Nous avons ajouté quelques matelas ( !!!) pour protéger notre appareil et décoller à l’aube. Après avoir franchi le lac Rudolph et cerclé pendant 20 minutes en attendant les premières lueurs, j’ai commencé mon approche au ras des arbres, en demandant à Lentzner d’allumer, avec une cigarette, la mèche de retardement d’une durée de 60 secondes. Au-dessus du fort, qui semble plein de soldats, je cabre mon Valentia, ordonnant de larguer le bidon. Mais, Coetzee hurle qu’ils n’arrivent pas à le décrocher. Je bascule, alors, sur le côté et heureusement, il tombe sur notre cible laissant une colonne de fumée noire. Après, nous être posés, les mécaniciens dénombrent 93 coups sur la carlingue de l’appareil, tandis que Coetzee a été blessé au pied »[7].

Cette « mission » n’ayant pas été autorisée, le personnel de la base s’engage à garder le silence, et le Lieutnant Oscar B. Coetzee explique, à son retour, s’être blessé en marchant sur une bouteille de bière. Cependant, quelques jours après, la radio italienne raconte la défense héroïque mené par une garnison aux frontières face à un bombardement  de la RAF. En prenant connaissance, le Colonel Hector Daniel, du commandement de la SAAF au Kenya, convoque Coetzee pour en savoir plus sur sa mystérieuse blessure. Après un interrogatoire, ce dernier finit par tout raconter et une commission d’enquête est immédiatement mise en place, cette dernière décidant d’envoyer le Lieutnant Oscar B. Coetzee auprès du 2 Squadron SAAF, tandis que le Lieutnant Charles S. Kearey est muté au 12 Squadron SAAF après avoir démontré son attrait pour le bombardement. Néanmoins, dans le même temps, les différents Squadron reçoivent une instruction déconseillant fortement à tout personnel de prendre la moindre initiative personnelle consistant à employer des appareils en dehors de leurs utilisations normales, sous peine de sanctions immédiates[8].

Revendications Commonwealth
84 Squadron  RAF 1 S.81 détruit (Bristol Blenheim Mk I) Combat aérien, entre Berbera et les îles Kamaran 
Pertes Commonweath
50 Squadron SAAF Vickers Valentia Lieutnant Charles S. Kearey ; Lieutnant Oscar B. Coetzee (blessé) ; Lieutnant Joe Lentzner (SAEC) Endommagé, bombardement du fort de Todenyang.
Pertes Italie
  S.81 tués Combat aérien, percute la mer, entre Berbera et les îles Kamaran.
       

[1] I.S.O. Playfair (Maj Gen), The Mediterranean and Middle East, The early successes against Italy (to may 1941), Uckfield, The Naval & Military Press, coll. « History of the Second World War, United Kingdom military series », 2004, p. 177 ; « The Invasion of British Somaliland », Stone & Stone, second world war books [En Ligne], http://stonebooks.com/history/somaliland.shtml, [Consulté le 30 juin 2013].

[2] C. Shores et C. Ricci, Dust Clouds in the Middle East, 2e éd., London, Grub Street, 2010, p. 52 ; J. Sutherland et D. Canwell, Air War East Africa, the RAF versus the Italian Air Force, Barnsley, Pen & Sword Military, 2009, p. 59.

[3] « 15 august 1940 », 223 Squadron RAF : Operations Record Book (Form 540 and Form 541), Kew – TNA, AIR 27 / 1374.

[4] « 15 august 1940 », 8 Squadron RAF : Operations Record Book (Form 540 and Form 541), Kew – TNA, AIR 27 / 114.

[5] « 15 august 1940 », 11 Bomber Squadron SAAF, War Dirary, Kew – TNA, AIR 54 / 3 ; « 15 august 1940 », 39 Squadron RAF : Operations Record Book (Form 540 and Form 541), Kew – TNA, AIR 27 / 407.

[6] Rattaché au 1 Squadron SAAF mais en poste administratif à Nairobi.

[7]  J.-A. Brown, A gathering of eagles, the campaigns of the South African Air Force in Italian East Afica (1940 – 1941), Cape Town, Purnell, coll. « South African Forces World War II », 1970, p. 78 à 79.

[8] S. McLean, Squadron of the South African Air Force and their aircraft (1920 – 2005), Cape Town, auto-édition, 2005, p. 366 à 367 ; M. Schoeman, Springbok Fighter Victory, SAAF Fighter operations, East Afica (1940 – 1941), Nelspruit, Freeworld Publications, coll. « African Aviation Series », 2002, p. 37 à 38.

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