14 août 1940

Si les attaques contre les différentes positions rhodésiennes échouent encore, la situation commence à se détériorer très sérieusement pour les Britanniques. Les Italiens continuent, en effet, à s’infiltrer dans le dispositif menaçant d’encerclement Tug Argan. Dans le même temps, sur la côte, la colonne du General Sisto Bertoldi réussit, enfin, à franchir le port de Zeila, malgré les bombardements de la Royal Navy et à menacer Berbera depuis l’ouest. Face à cette situation, le Major General Alfred R. Godwin-Austen envoie un télégramme au General Henry M. Wilson l’informant  qu’en cas de chute de la position, la seule alternative serait une évacuation permettant de sauver environ 70% des effectifs, Berbera étant indéfendable, tout en précisant que lui et ses troupes sont prêts à combattre jusqu’au bout si nécessaire[1].

Sans surprise, la Regia Aeronautica est active au-dessus des zones de combats que ce soit sur la côte où des S.79 du 44 bis Gruppo BT bombardent les navires britanniques au large de Bulhar ou sur Tug Argan qui voit se succéder les Ca 133, S.81 et Fiat CR.32[2].

La RAF, quant à elle, attend l’arrivée des Wellesley pour intervenir en force. Cependant, durant le transfert, l’unité perd son Squadron Leader, J.C. Larking, lorsque l’un des moteurs de son appareil prend feu, le contraignant à un atterrissage forcé sur le territoire du protectorat d’Aden. S’il est rapidement récupéré, après cinq heures de marche, cet incident a pour conséquence de retarder l’entrée en action du Squadron, dont la présence est pourtant fortement nécessaire[3].

À noter que Sergente Maggiore Luigi Baron est signalé, comme ayant revendiqué la destruction en collaboration d’un Wellesley au-dessus de l’île d’Harmil[4]. Néanmoins, force est de constater que cette victoire ne correspond à aucune perte de la RAF. La seule possibilité pourrait correspondre au cas du Squadron Leader J.C. Larking. Cependant, d’une part, le résumé ne mentionne aucune présence d’un chasseur ennemi et attribue clairement à un incident technique, d’autre part la distance entre le lieu de revendication (île d’Harmil, au large de Massaua) et celui de perte (île de Perim, entre Djibouti et la côte de l’actuel Yemen), rend difficile un lien entre les deux. Certes, lors d’une patrouille de convoi, deux appareils du 14 Squadron RAF signalent la découverte d’un terrain italien dans le secteur Harmil – Dahlak mais là sans aucun affrontement ou avion italien[5]. Dès lors, l’hypothèse de Håkan Gustavsson sur une erreur de date parait très probable.

Enfin, le front sud après plusieurs jours accalmies  si on excepte quelques interventions des Hartbees du 40 Squadron SAAF le 12 août, se réveille lorsque trois Ca 133 sont envoyés sur Wajir vers 12h00. Ils sont, cependant, rapidement repérés et trois des nouveaux Gloster Gladiator Mk I du  2 Squadron SAAF décollent en alerte : Lieutnant Adrian M. Colenbrander,  Pieter de Jager Fritz et Basil Guest (N5856). Finalement, ils réussissent à rejoindre les bombardiers ennemis et à ouvrir le feu. Néanmoins, les Italiens peuvent  s’échapper sans autre conséquence[6]. Selon le Lieutnant Adrian M. Colenbrander : « Aujourd’hui, trois Caproni sont arrivés au-dessus de notre aérodrome. Nous avons eu quatre minutes pour décoller, j’ai rapidement intercepté l’ennemi avec Guest. Nous attaquons le n°2, cependant il s’échappe dans les nuages. (…) Je suis juste à côté du n°3 et tire une longue rafale, mais je dois rapidement m’échapper entre lui et son leader, montant en flèche devant eux pour rejoindre les nuages et préparer une nouvelle attaque. Pieter nous rejoint et avec Guest, ils tirent à plusieurs reprises mais sans pouvoir évaluer les dégâts. (…) Aucun de nous trois n’a la moindre idée sur quoi il ouvre le feu. Cependant, nous pensons avoir au moins touché quelque chose. (…) Immédiatement après, les Ca 133 larguent leurs bombes et repartent en sens inverse, l’un traînant derrière. Nous tentons de les poursuivre mais ils disparaissent dans les nuages. (…) Je suis sûr qu’au prochain bombardement, plusieurs appareils ennemis ne rentreront pas »[7].

Pertes Commonwealth
223 Squadron RAF Wellesley Squadron Leader J.C. Larking ; Sergeant Whittaker ; Sergeant Swann Moteur en feu, gravement endommagé, posé sur le territoire d’Aden
40 Squadron SAAF Hartbees Lieutnant Johan D.W. Human ; Air Sergeant Petzer Endommagé par des tirs au sol, Balbala (frontière Kenya – Ethiopie)

[1] I.S.O. Playfair (Maj Gen), The Mediterranean and Middle East, The early successes against Italy (to may 1941), Uckfield, The Naval & Military Press, coll. « History of the Second World War, United Kingdom military series », 2004, p. 176 à 177; « The Invasion of British Somaliland », Stone & Stone, second world war books [En Ligne], http://stonebooks.com/history/somaliland.shtml, [Consulté le 29 juin 2013].

[2] C. Shores et C. Ricci, Dust Clouds in the Middle East, 2e éd., London, Grub Street, 2010, p. 52 ; J. Sutherland et D. Canwell, Air War East Africa, the RAF versus the Italian Air Force, Barnsley, Pen & Sword Military, 2009, p. 59.

[3] « 14 august 1940 », 223 Squadron RAF : Operations Record Book (Form 540 and Form 541), Kew – TNA, AIR 27 / 1374 ; C. Shores et C. Ricci, Dust Clouds in the Middle East, op. cit., p. 51 à 52.

[4] H. Gustavsson, « Sergente Maggiore Luigi Baron », Biplane Fighter Aces from the Second World War [En Ligne], http://surfcity.kund.dalnet.se/italy_baron.htm [Consulté le 29 juin 2013].

[5] « 14 august 1940 », 14 Squadron RAF : Operations Record Book (Form 540 and Form 541), Kew – TNA, AIR 27 / 192 ; M. Napier, Winged Crusaders: The Exploits of 14 Squadron RFC & RAF 1915-45, Barnsley, Pen & Sword, 2013, 324 p.

[6] « 14 august 1940 et repport of Lt. Colenbrander, Fritz and Guest », 1 Fighter Squadron SAAF, War Dirary, Kew – TNA, AIR 54 / 1 ; J.-A. Brown, A gathering of eagles, the campaigns of the South African Air Force in Italian East Afica (1940 – 1941), Cape Town, Purnell, coll. « South African Forces World War II », 1970, p. 57 ; M. Schoeman, Springbok Fighter Victory, SAAF Fighter operations, East Afica (1940 – 1941), Nelspruit, Freeworld Publications, coll. « African Aviation Series », 2002, p. 36 ; C. Shores et C. Ricci, Dust Clouds in the Middle East, op. cit., p. 52 ; J. Sutherland et D. Canwell, Air War East Africa, the RAF versus the Italian Air Force, op. cit., p. 59.

[7] « Re : Raid of three Capronis – 14.08.40, Lt. Colenbrander », 1 Fighter Squadron SAAF, War Dirary, op. cit.

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